Ce que le chiffre décrit
Un adulte au repos rejette de l’ordre de 15 à 20 litres de dioxyde de carbone par heure. Dans une chambre de 25 m3 dont la porte et la fenêtre sont fermées, ce volume n’a nulle part où aller. L’air extérieur se situe aujourd’hui autour de 420 ppm, parties par million. Une chambre occupée par une personne, sans renouvellement, dépasse fréquemment 1 200 ppm au petit matin. À deux, 2 000 ppm ne sont pas rares. Nous avons relevé plus de 3 000 ppm dans des logements récents, très étanches, dont la ventilation avait été coupée pour le bruit ou obstruée par une bouche encrassée.
À ces niveaux, le CO2 n’est pas un poison. Sa valeur est ailleurs : c’est le marqueur le moins cher du renouvellement d’air. Là où il s’accumule, le reste s’accumule aussi, humidité, composés organiques volatils émis par les meubles et les peintures, particules, allergènes, et selon le sol radon, deuxième cause de cancer du poumon. Le capteur ne mesure aucun de ces polluants. Il mesure la condition qui les laisse s’installer, et il le fait en continu, ce qu’aucun prélèvement ponctuel ne permet.
Trois seuils, trois natures différentes
| Valeur | Ce que c’est | Ce qu’on en fait |
|---|---|---|
| 800 ppm | Objectif de confort retenu par plusieurs référentiels de qualité d’air intérieur | Cible raisonnable pour une chambre, atteignable presque partout |
| 1 000 ppm | Repère ancien, hérité des travaux de Pettenkofer au 19e siècle, repris dans de nombreuses recommandations | Au-dessus, la ventilation ne suit pas l’occupation |
| 1 400 ppm | En France, valeur de l’indice de confinement au-delà de laquelle une investigation est demandée dans les établissements recevant du public | Déclencheur d’action, pas seuil sanitaire |
Aucun de ces nombres ne décrit un danger. Ils décrivent un débit d’air insuffisant, exprimé dans l’unité la plus facile à lire.
Sur les effets propres du CO2, il faut être prudent. Des essais en chambre expérimentale ont mesuré une baisse de performance à des concentrations élevées, d’autres, conçus pour isoler le CO2 des composés organiques émis par les occupants eux-mêmes, n’ont rien retrouvé. Le sujet n’est pas tranché. Ce qui tient un peu mieux concerne le sommeil : dans des protocoles où l’on modifie le renouvellement d’air d’une chambre à l’insu du dormeur, une meilleure ventilation s’accompagne d’un sommeil jugé plus reposant et de performances au réveil légèrement supérieures. Les effectifs sont faibles, les durées courtes, une partie des critères est déclarative. Nous traitons cela comme un signal cohérent, pas comme une démonstration.
Ce qu’un capteur à 100 euros montre vraiment
Deux familles d’appareils se ressemblent en rayon et n’ont rien à voir. Les capteurs infrarouges non dispersifs, dits NDIR, mesurent le CO2. Les capteurs dits eCO2, ou CO2 équivalent, mesurent des composés organiques volatils et en déduisent un chiffre par corrélation : dans une chambre, ce chiffre dérive dès qu’on ouvre un flacon de parfum ou qu’on passe un chiffon. La mention NDIR doit figurer sur la fiche technique. En dessous de 80 euros, elle y figure rarement.
Le placement compte autant que l’appareil : à hauteur de tête, entre 50 cm et un mètre de l’oreiller, jamais dans le flux d’expiration directe, jamais sur le rebord de fenêtre. Il faut enregistrer cinq à sept nuits d’affilée, en notant chaque soir si la porte était ouverte ou fermée, pour disposer d’une base de comparaison.
La courbe se lit ensuite en trois temps. La pente de montée après le coucher donne l’étanchéité réelle de la pièce. Le palier, quand il existe, indique l’équilibre entre production et renouvellement. Le pic du réveil donne le pire moment de la nuit, celui qui compte. Enfin, la chute qui suit l’ouverture de la porte au matin mesure le débit réel de cette ouverture, ce qu’aucun calcul théorique ne donne aussi vite.
Ce qui se corrige sans travaux
La plupart des chambres que nous mesurons redescendent sous 1 000 ppm avec trois gestes, et aucun ne demande d’entreprise.
- Laisser la porte entrouverte de 10 à 15 cm. Sur nos relevés, la baisse va typiquement de 300 à 600 ppm sur le pic du matin. C’est la correction au meilleur rendement, et elle est gratuite.
- Vérifier le détalonnage de la porte. Un jour de 1 à 2 cm sous le battant est nécessaire au balayage de l’air d’une pièce vers les extractions. Une moquette épaisse ou un boudin de porte suffit à l’annuler.
- Dépoussiérer les entrées d’air en menuiserie et les bouches d’extraction de la salle de bains et des toilettes. Une bouche encrassée peut avoir un débit proche de zéro sans que rien ne le signale. Une feuille de papier plaquée sur la bouche par l’aspiration donne un contrôle grossier mais immédiat.
Vient ensuite la fenêtre. Un entrebâillement de 2 à 3 cm, ou une position oscillo-battante, règle presque toujours le problème et en crée un autre. En façade sur rue, ouvrir expose au bruit routier, dont le risque cardiovasculaire est démontré dès 53 dB. Selon la saison, cela expose aussi au froid et aux pollens. L’arbitrage se fait à l’adresse, pas dans un guide.
Quand la double flux devient justifiée
Une ventilation mécanique contrôlée à double flux insuffle de l’air neuf filtré et récupère la chaleur de l’air extrait. Elle règle le CO2 sans ouvrir la fenêtre. Elle se justifie quand plusieurs conditions se cumulent :
- un logement réellement étanche, ce que confirme un test d’infiltrométrie, en pratique une construction récente ou une rénovation performante
- une façade exposée au bruit, au-delà du repère cité plus haut, ou à un air extérieur chargé. Les particules fines sont le premier facteur de risque environnemental à l’échelle mondiale : une filtration fine a alors un intérêt propre, indépendant du CO2
- une occupation qui ne permet pas d’ouvrir, allergies saisonnières, chambre d’enfant, sommeil de jour.
En rénovation, comptez de l’ordre de 5 000 à 12 000 euros pour un appartement, selon la longueur des réseaux et la place disponible en faux plafond. La contrepartie est un entretien réel : filtres deux fois par an, réseaux à nettoyer, débits à régler par un professionnel après la pose et non avant. Une double flux mal équilibrée fait moins bien qu’une fenêtre entrebâillée et coûte cent fois plus. À l’inverse, dans un immeuble ancien aux menuiseries perméables, la mesure montre souvent qu’il n’y a rien à résoudre.
Ce que nous faisons
Sept nuits d’enregistrement au point de sommeil, en parallèle de la température et de l’humidité relative, que nous cherchons à maintenir entre 40 et 60 %. Nous rapportons la courbe, le pic, la durée passée au-dessus de 1 000 ppm, puis nous classons les corrections par effet mesuré et par coût. Lif8 mesure des lieux. Nous ne sommes pas un professionnel de santé et ne posons aucun diagnostic : un sommeil durablement non réparateur relève d’un médecin, pas d’un capteur.



